L’Histoire du cigare a commencé il y a plus de 4000 ans sur les terres du Yucatan, dans l’actuel Mexique. On retrouve ainsi des traces de sa consommation dès l’ère pré-colombienne, en particulier chez les Mayas et les Aztèques. Avec la découverte des Amériques à la fin du XVème siècle, le tabac fait son apparition en Espagne et au Portugal puis gagne progressivement tous les pays européens. Il faudra pourtant attendre le début du XIXème siècle pour que le cigare tel que nous le connaissons aujourd’hui s’intègre réellement dans les moeurs et commence à être commercialisé en Europe. De nos jours, plus de 450 millions de cigares sont vendus chaque année dans le monde.
La découverte du cigare par les colons espagnols
Les premières traces du cigare remontent à l’ère pré-colombienne. Des découvertes archéologiques récentes attestent en effet de son usage quotidien vers 2 500 avant notre ère. À Copan, dans l’actuel Honduras, les archéologues ont également mis au jour les restes d’un petit Corona à tripe longue datant de 1500 ans avant notre ère. Il s’agit du plus vieux cigare jamais découvert. Grâce aux témoignages des premiers colons, on sait aujourd’hui que les Mayas fumaient le cigare lors de cérémonies religieuses et militaires. Le cigare était ainsi un objet rituel et sacré qui permettait d’établir un contact entre la terre et le ciel et de communiquer avec les dieux. Les Mayas lui attribuaient également des vertus magiques et médicinales.
Appelé « sikar », le cigare primitif se composait de feuilles de tabacs brutes ou hachées enveloppées dans des feuilles de palmier, de maïs ou de plantain. Les Taïnos (peuple autochtone des Antilles) consommaient également le tabac en le brûlant avec des petits morceaux de charbon puis en en aspirant la fumée ou en le chiquant.
Si les découvertes actuelles ne nous permettent pas de dater avec précision le moment exact où le cigare est apparu à Cuba, c’est bien sur cette île qu’il a été découvert pour la première fois par les compagnons de Christophe Colomb. En octobre 1492, Rodrigo de Jerez et Luis de Torres débarquent en effet sur la baie de Bahía de Gibara, dans l’actuel Cuba, et observent pour la première fois des Indigènes en train de fumer ce quiressemblait à des mousquets en papier. Ils furent ainsi initiés aux plaisirs du « sikar » et en ramenèrent avec eux lors de leur retour en Espagne en 1498.
L’introduction du tabac en Europe
L’introduction du tabac et du cigare en Europe ne fut pas du goût de tout le monde. À l’époque, les pays européens étaient contrôlés par le clergé catholique qui associait cette pratique aux fumigations liées aux cultes païens. L’Église catholique condamna ainsi rapidement l’utilisation du tabac et entama une chasse contre ses usagers. Pour les ecclésiastiques, « seul le Diable pouvait donner à un homme le pouvoir d’exhaler de la fumée de sa bouche ».
La première victime de cette répression fut Rodrigo de Jerez, également considéré par de nombreux historiens comme le premier fumeur européen. À son retour en Espagne, il présenta sa découverte aux habitants de sa ville natale qui, pris d’effroi, le dénoncèrent à l’Inquisition espagnole. Il fut ensuite accusé de sorcellerie et condamné à 2 ans de prison pour ses « habitudes pécheresses et infernales ». Mais l’absence d’interdiction formelle de l’usage du tabac par l’Église, en raison de la dîme perçue sur les revenus coloniaux, favorisa sa diffusion durant tout le courant du XVIème siècle.
Les premières graines de tabac sont introduites en Espagne en 1520 puis au Portugal. Le tabac y est rapidement utilisé comme plante médicinale sous forme de poudre à mâcher ou à chiquer. En 1561, Jean Nicot, alors ambassadeur de France au Portugal, envoie du tabac à la reine Catherine de Médicis afin de soigner ses migraines. Face au succès de ce remède, cette dernière ordonne de cultiver du tabac en Bretagne, en Gascogne et en Alsace. L’usage du tabac se généralise ensuite rapidement à la Cour puis gagne les autres pays européens. Le tabac est ensuite introduit en Turquie en 1580, dans les pays africains à partir de 1593 et en Asie en 1595. Durant les deux premiers siècles suivants sa découverte, le tabac sera ainsi utilisé sous forme de poudre à mâcher ou à chiquer. Seuls les marins espagnols et portugais le consomment sous forme de cigares.
En dépit de l’opposition de l’Église catholique, certains monarques voient dans le tabac une source de profit inépuisable. Dès 1629, Richelieu crée ainsi le premier impôt sur le tabac. La vente libre est interdite et seuls les pharmaciens ont le droit de le délivrer sur ordonnance. Colbert instaure ensuite un monopole d’État sur la vente de tabac et sa fabrication. Supprimé à la Révolution, ce monopole sera rétabli par Napoléon en 1810 pour finalement disparaître en 2000 avec le désengagement de l’État français de la Seita.
Le monopole espagnol sur la culture du tabac cubain
Face à l’accroissement de la demande de tabac en poudre au début du XVIIIème siècle, la Couronne espagnole crée la Real Factoria de Tabacos, un organisme chargé de centraliser l’achat du tabac produit à Cuba. Appelé « estanco », ce monopole avait pour but d’accroître la production de tabac mais également de favoriser l’implantation d’une paysannerie libre capable de contrebalancer le pouvoir de l’oligarchie havanaise en formation. Au début du XVIIIème siècle, l’île comptait ainsi près de 10 000 petits exploitants de tabac auxquels la monarchie avait accordé l’usufruit de terres appelées « vegas naturales ». Cette dénomination est à l’origine du mot « vegueros », encore employé de nos jours pour désigner les cultivateurs.
Vers la fin du XVIIIème siècle, la demande de cigares augmente sur le territoire espagnol et permet le développement de sa production. Pour autant, aucun cigare n’est encore directement importé depuis Cuba. C’est en effet dans la Fabrique Royale de Séville et celle de Cadix que vont être fabriqués les premiers cigares à destination de l’Europe. C’est également à cette époque que vont être développées les différentes étapes de la fabrication d’un cigare.
En France et en Grande-Bretagne, l’usage du cigare ne rentre véritablement dans les moeurs qu’après la Guerre d’Espagne (1808-1814). Ce sont les soldats français et britanniques qui, les premiers, participent à sa diffusion une fois rentrés chez eux. Mais les pays européens ne commenceront réellement à importer des cigares roulés sur le sol cubain qu’à partir de 1817 avec l’abolition du monopole royal espagnol. Dès 1818, l’île compte ainsi pas moins de 400 « chinchales », les manufactures chargées de la fabrication de cigares.
Le développement des grandes marques de cigares cubains
Durant tout le XIXème siècle, la notoriété des cigares cubains ne cesse de croître. Aux États-Unis, des semences cubaines sont introduites dès la fin du XVIIIème. Elles viennent ainsi concurrencer les plantations de tabac déjà présentes sur le territoire américain depuis les migrations mayas au Vème siècle. C’est le colonel Israel Putnam, officier de la marine britannique du roi George III qui, en 1762, fut le premier à rapporter des semences et des cigares cubains. En 1810, la première usine de fabrication de cigares voit ainsi le jour aux États-Unis et les plantations de tabac se développent sur tout le territoire. Il faudra pourtant attendre la fin de la Guerre de Sécession (1861-1865) pour que le cigare gagne réellement en popularité et devienne un symbole de réussite sociale.
À la même époque, le cigare était déjà devenu très populaire en Europe avec 360 millions de cigares importés de Cuba en 1855. Le tabac était ainsi devenu la principale exportation de l’île devant le café. C’est également à cette époque que de grands noms comme Partagas, Romeo y Julieta ou Punch voient le jour et gagnent en popularité. En Europe, les clubs et hôtels de luxe commencent à proposer des fumoirs et il devient d’usage de fumer un cigare à la fin des dîners d’affaires ou des célébrations. Le succès est tel que des contrefaçons commencent à inonder le marché. Afin de préserver la réputation des habanos et de lutter contre ce marché illicite, un sceau de garantie est introduit en 1889 qui permet aux membres de « l’Union des Fabricants de Tabacs » d’authentifier leurs cigares.
Le déclin de la consommation du cigare
À partir des années 1830-1840, les premières cigarettes apparaissent sur le marché européen et commencent à concurrencer le cigare. Leur mode de fabrication industrielle et leur faible coût rendent en effet les cigarettes plus accessibles et moins coûteuses. À partir de la Première Guerre Mondiale, cette notoriété atteint son paroxysme et touche directement l’industrie du cigare. La baisse des importations en Europe causée par les difficultés d’accès aux ports accélère cette tendance et provoque le déclin des ventes de cigares dans les années 20.
Afin de pallier à cette crise, les producteurs de cigares se tournent vers la mécanisation. La fabrication des cigares industriels permet en effet de réduire les coûts de production et donc de conquérir de nouveaux clients. Certaines entreprises comme Cuesta-Rey et Swisher ont ainsi été des pionnières des cigares fabriqués à la machine. À cette époque, les coûts du cigare baissent fortement et contribuent à leur démocratisation. Seuls les cigares fabriqués à Cuba conservent leur image de produits de luxe. Il faudra attendre le début des années 90 pour que les cigares roulés à la main regagnent leurs lettres de noblesse.
La Révolution cubaine et la découverte de nouveaux terroirs
L’année 1953 marque le début de la Révolution cubaine. Six ans plus tard, Fidel Castro arrive au pouvoir et nationalise de nombreuses exploitations de tabac. Cette situation oblige de nombreux producteurs de cigares à quitter l’île et à rechercher de nouveaux terroirs pour leurs productions. Des marques comme E. P. Carrillo et Arturo Fuente ont ainsi été créées à la suite de cette diaspora. Après avoir quitté Cuba, leurs fondateurs ont développé de nouvelles cultures dans des pays comme la République dominicaine, le Honduras et le Nicaragua. Grâce à leurs connaissances héritées de la tradition cubaine ainsi qu’aux conditions climatiques propices de ces nouveaux terroirs, ces émigrés cubains ont su développer de nouvelles vitoles de grande qualité qui concurrencent désormais les plus grandes marques de habanos.
Avec la nationalisation des marques cubaines et le développement de nouvelles marques premium à travers le monde, les fabricants de cigares cubains ont cherché à protéger leur réputation aux yeux des aficionados. En 1967, le terme « habano » devient ainsi une appellation d’origine protégée (AOP) auquel seuls les cigares roulés à Cuba à partir de feuilles cultivées sur l’île peuvent prétendre. De nos jours, la société Habanos SA est la seule entreprise commerciale autorisée à distribuer et à exporter les différentes marques de habanos.
Si les cigares cubains sont encore aujourd’hui considérés comme les meilleurs cigares au monde, de nombreux pays bénéficient désormais d’une notoriété similaire. La République dominicaine est ainsi le 2ème pays producteur de cigares premium dans le monde derrière Cuba et devant le Nicaragua. Les terroirs les plus réputés sont la Vuelta Abajo à l’Ouest de Cuba, les vallées du Cibao et de la Yague en République dominicaine, la région d’Esteli au Nicaragua et la région de Danli au Honduras.D’autres pays comme les États-Unis, le Mexique, l’Équateur, le Brésil, l’Indonésie ou encore le Cameroun disposent également de terroirs propices à la culture du tabac et possèdent leurs propres marques de cigares premium.
Les enjeux modernes de l’industrie du cigare premium
En 2022, la société de fabrication de tabac Habanos SAa annoncé l’homogénéisation des prix de certaines marques comme Cohiba, Trinidad, Montecristo ou encore Partagas sur le prix de vente public pratiqué à Hong Kong. Cette augmentation des prix répond à une volonté d’Habanos SA de limiter les marchés parallèles entre les pays tout en redéfinissant le concept de luxe dans le secteur des cigares haut de gamme. Elle devrait également permettre de réguler l’approvisionnement de cigares cubains sur les différents marchés en rééquilibrant l’offre et la demande.
Pour autant, la distribution de cigares cubains souffre depuis plusieurs années de problèmes liés à la baisse de la production. Les difficultés de fabrication des capes nécessaires à la confection des cigares haut de gamme, les dérèglements climatiquesainsi queles problèmes logistiques liés à la crise sanitaire ont provoqué des carences en approvisionnement, en particulier à destination des pays européens. Si l’Europe, avec l’Espagne en tête, représente encore à elle seule 60% des ventes liées à l’exportation, cette tendance est progressivement remise en cause avec l’accession en 2020 de la Chine au 1er rang des pays importateurs de cigares cubains. L’augmentation des prix des habanos, la forte demande chinoise ainsi que la pénurie qui touche les distributeurs européens sont ainsi en train de redéfinir le paysage mondial de l’industrie du cigare.

